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Découvertes à cogiter – Décembre 2018

Avant toute chose, je tiens à te souhaiter une très belle nouvelle année ! J’espère que 2019 sera pour toi l’occasion de réaliser tes projets, et de profiter des petits bonheurs de la vie quotidienne.

En décembre j’ai énormément lu. La faute aux vacances qui m’ont permis de renouer avec le canapé. Du coup ce mois-ci j’ai pu réfléchir sur 2 livres en particulier. Et je tenais à te parler d’une « affaire ». Je te préviens, ce dernier point sera long alors prévois à boire et à manger ;).

Le livre Le restaurant de l’amour retrouvé – Ito Ogawa

C’est la première fois que je te parle d’un roman dans mes réflexions. Il faudrait que je le fasse davantage car loin d’être tous niais, les romans nous apportent souvent matière à cogiter sur nos vies.

Voici le résumé du bouquin pour que tu te plonges dans l’histoire : « Une jeune femme de vingt-cinq ans perd la voix à la suite d’un chagrin d’amour, revient malgré elle chez sa mère, figure fantasque vivant avec un cochon apprivoisé, et découvre ses dons insoupçonnés dans l’art de rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des plats médités et préparés comme une prière. Rinco cueille des grenades juchée sur un arbre, visite un champ de navets enfouis sous la neige, et invente pour ses convives des plats uniques qui se préparent et se dégustent dans la lenteur en réveillant leurs émotions enfouies. Un livre lumineux sur le partage et le don, à savourer comme la cuisine de la jeune Rinco, dont l’épice secrète est l’amour. »

Comme beaucoup de romans dont l’auteur.e est japonais.e, c’est un hymne à l’amour des petites choses du quotidien. J’ai particulièrement aimé ce livre pour son approche poétique de la cuisine.

En transposant l’histoire de Rinco dans la vraie vie, on peut dire qu’il s’agit d’une cheffe cuisinière adepte de la « slow food ». Une façon de cuisiner où l’on prend son temps, pour rendre hommage aux aliments que nous préparons.

Aujourd’hui nos plats doivent être préparés rapidement (moins de 30 minutes, voire 15 minutes) et consommés tout aussi hâtivement. Les repas de 3 heures sont vus comme rébarbatifs, et la cuisine comme une corvée.

Peut-être est-ce en partie dû au fait que nous avons perdu cette envie d’insuffler des émotions dans nos plats. Un plat est bien plus qu’un moyen de combler nos besoins nutritionnels. Ce peut-être également un cadeau pour les êtres chers, une façon de montrer notre gratitude.

Dans le livre, Rinco tente de déposer une intention particulière dans chaque plat qu’elle prépare. Je pense à Angélique, cette artiste que j’aime tant, qui fait de même dans ses tableaux. Alors le moment de cuisine, et de dégustation, revêt une toute autre dimension. Beaucoup plus joyeuse, poétique voire magique.

Tant que nous sommes en début d’année, j’ai envie de prendre cette résolution de cuisiner davantage pour transmettre une émotion/un sentiment plutôt que pour les seuls aspects gustatif et nutritionnel.

Batch Cooking – Pascale Weeks

On reste dans le domaine de la cuisine, avec un thème qui peut paraître contraire à ce que je viens de dire : le batch cooking. Il s’agit d’une méthode où tu cuisines en quelques heures le week end, tout ce dont tu auras besoin pour faire tes repas rapidement en semaine.

Comme toute personne qui travaille, j’ai rarement envie de prendre 1h chaque soir pour préparer mon diner, ou mon déjeuner du lendemain. Je m’organise donc de façon à avoir des choses rapides à préparer en semaine. Mais le fait est que comme je veux cuisiner des produits bruts, de saison, et varié, j’ai du mal à compresser ce temps de cuisine autant que je le voudrais. Avec le boulot à temps plein, les cours à suivre pour mon BTS et le blog/podcast, la semaine est vite remplie.

Loin de moi l’idée de réduire mes repas à de simples préparations toutes faites. J’aime cuisiner, mais certaines semaines j’aimerais que ça aille un peu plus vite pour me dégager du temps pour réviser (entre autre).

Ce livre est donc une merveilleuse solution pour allier toutes mes contraintes : cuisiner le week end pour réduire mon temps de préparation en semaine. Consommer des produits frais et de saison. Manger varié pour ne pas me lasser. Et en plus la préface est écrite par ma diététicienne préférée.

Pour faire le parallèle avec le livre précédent, je pense que cuisiner vite pour certains moments n’est pas contradictoire avec l’envie de cuisiner avec amour/joie/gratitude… Nous pouvons déposer des sentiments dans chaque plat que l’on prendra soin à composer, même si ses ingrédients ont été préparés quelques jours auparavant. De plus, on aura davantage de temps à consacrer au moment du repas. Et enfin, rien ne nous empêche de cuisiner de la sorte pour les déjeuners ou dîners de la semaine, et de cuisiner des plats plus « slow » le week end !

Et si tu es intéressé.e par le concept, je prévois de te faire un retour de ce livre et de son application concrète, en podcast courant février/mars.

L’affaire du siècle – Quand les ONG attaquent l’État pour inaction climatique

Si tu t’intéresses à l’écologie, tu n’as pas dû passer à côté de la pétition qui tourne sur le net depuis décembre : l’affaire du siècle. Pour résumer, 4 ONG ont décidé d’attaquer l’État pour carence envers les engagements environnementaux qu’il a pris dans diverses conventions. Cette action est assortie d’une pétition (que tu peux signer ici), afin d’obtenir le soutien des citoyens dans cette procédure. Pour être plus précise, actuellement seul un recours a été introduit auprès du ministère de la transition énergétique. C’est à la suite de sa réponse (ou de son absence de réponse), que le tribunal administratif de Paris sera saisi.

Alors quelques jours après la publication de la pétition, je l’ai moi même signée avec joie et espoir. Mais voilà que fin décembre, plusieurs articles me font croire que j’ai fait un mauvais choix. Aurais-je péché par optimisme ? Par amateurisme ?

L’aspect juridique, utile et positif de l’action de ces ONG (et la pétition), sont remis en cause. Cette action ne mènerait à rien de spectaculaire. Parce que le juge ne peut contraindre l’État à se mettre aux normes. Ou parce qu’il n’est pas là pour juger d’une action politique. Ou encore parce que l’État n’a aucun libre arbitre dans les mesures environnementales, puisqu’il est sous la coupe des lobbies. Bref, que ce serait un pétard mouillé juridique.

Et puis d’autres critiques viennent également : la pétition ne ferait qu’enfermer les français dans une fausse satisfaction d’avoir agit pour le climat, sans avoir bougé ses petites fesses. Que ce genre de mouvement est contre-productif car il alimente l’illusion des petits pas, du colibri qui ne sert à rien dans une forêt qui prend feu. Car ce ne sont pas de petits pas dont on a besoin, mais d’une révolution de grande ampleur. Que cette affaire enfin, comme le mouvement « on est prêt », perpétue le sentiment que le citoyen est responsable et pas les gros pollueurs, que l’on doit faire tomber.

Mais en fait je ne suis pas d’accord avec tous ces motifs, et c’est là une opinion bien personnelle (libre à toi d’en avoir une différente).

Tout d’abord au niveau juridique. Si je comprends l’idée selon laquelle l’État est le pantin des industriels/capitalistes/lobbyistes, il reste officiellement un acteur majeur de nos politiques publiques. Celles-ci même qui contraignent les entreprises et les particuliers à agir selon certaines règles. Partir du principe que l’État ne peut rien faire est aussi naïf que penser qu’il peut tout faire. L’État agit dans son domaine, et si on peut douter qu’il impose des taxes multiples aux entreprises puissantes, il peut malgré tout faire en sorte de développer des politiques d’aménagement du territoire, en faveur des logements responsables, des transports et des énergies vertes, plus qu’il ne le fait aujourd’hui.

Aussi si le juge ne peut contraindre physiquement l’État à agir, il peut l’enjoindre à rendre des comptes régulièrement. Il peut également le condamner financièrement. D’ailleurs, une belle action serait d’aller aussi devant la juridiction européenne. Pour travailler dans un service juridique de l’un des plus grands ministères de l’État, je peux te dire que lorsque celui-ci est condamné à payer, il paie. Et que concernant la possibilité d’une « mise aux normes », celui-ci peut être certes long, mais il le fait. Donc à mon sens, toute action peut être utile à partir du moment où elle est gagnée, et en l’espèce les faits jouent en faveur des ONG.

Concernant l’aspect social et émotionnel de cette affaire et de la pétition qui l’accompagne, je suis quand même sacrément étonnée de voir que l’on peut encore penser qu’il est mieux de ne rien faire, plutôt que de faire un peu. Parce que clairement les arguments développés ramènent à ce constat : soit on démonte toute la société maintenant, soit on fait rien. Mais les petits pas, ça sert à rien.

Or, je ne sais pas toi mais moi j’ai bien du commencer par quelque part lorsque j’ai voulu agir pour l’environnement. On commence par des choses simples, comme signer une pétition (tiens…), acheter du bio en supermarché, ou des légumes de saison, se mettre aux cotons démaquillants, aux cosmétiques maison. Bref, c’est une petite prise de conscience qui nous a mis en mouvement, puis qui a fait qu’on s’est engagés de plus en plus.

Ce que ces détracteurs oublient aussi, c’est que la plupart des personnes sur terre ont besoin de motivation pour agir, même si la cause est urgence et prioritaire. Si nous n’avions pas besoin de cette motivation, nous n’aurions aucun problème de santé ni de problème environnemental d’ailleurs, puisque tout le monde s’y mettrait, tout de suite. Pour agir on a besoin que cette action nous semble réalisable et enviable. Alors voir des youtubeur/ses, des acteur/rices, des écrivain/es, des scientifiques se démener pour rendre la cause environnementale enviable : je dis OUI OUI OUI.

Oui un petit pas n’est pas suffisant pour sauver notre planète. Mais un petit pas est toujours mieux que rien. Et ce petit pas ouvre la porte à tous les autres grands pas que l’on peut tous faire. Aujourd’hui la catastrophe n’est plus évitable, alors essayons le plus possible de la minimiser. Je reprends pour cela l’idée qui circule selon laquelle 2 degrés sont toujours mieux que 2,1 ; 2,5 ; 3 ou 3,5 degrés supplémentaires sur cette terre.

Enfin, c’est sacrément condescendant que de dire que la plupart des signataires vont se sentir satisfaits d’avoir signé une pétition. On part donc du principe que 90% des signataires sont idiots et vont retourner à leur canapé sans rien faire ensuite. Or je vois partout autour de moi des personnes qui évoluent dans leur propre chemin écologique, plus ou moins vite. Mais le fait est qu’une personne qui a fait 1 pas, en fera d’autres par la suite. Et je le répète, aujourd’hui chaque pas compte.

Quant au fait d’avancer que la pétition perpétue cette croyance selon laquelle le citoyen est responsable et non les véritables gros pollueurs institutionnels ou industriels… Pas besoin de tergiverser : c’est exactement l’inverse que l’action en justice de ces 4 ONG combat.

Bref comme tu le vois, je suis totalement favorable à cette action en justice menée contre l’État. Il s’agit pour moi d’un merveilleux moyen d’ouvrir les yeux aux citoyens qui ne l’ont pas encore fait et de leur faire mettre le pied à l’étrier en soutenant cette action. Tout en visant clairement un responsable majeur : l’État. Cette affaire, ce n’est pas rien mais ce n’est pas tout non plus. Mais le plus important est que chaque action, dans chaque domaine, compte.

Nous citoyens, à agir à notre échelle locale. L’État, pour faire respecter l’intérêt général. Les industries, parce que sans planète de toute façon elles n’ont plus de business, et qu’elles doivent s’adapter aux changements sociétaux de masse.

Et pour ceux qui pensent que c’est une niaiserie, je suis foncièrement convaincue que cette forme d’optimisme pousse à l’action. Il s’agit d’un équilibre à trouver entre dire la vérité : ça craint du boudin. Et motiver les troupes de tous bords (citoyens, Etats, entreprises) pour agir concrètement.

C’est tout, pour aujourd’hui, j’espère avoir fait germer en toi les graines de l’espoir et de la motivation !

Quelles ont été les découvertes qui t’ont fait réfléchir ce mois-ci ?

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2 Commenter

  • janvier 5, 2019 à 1:24
    Bounza

    Je pratique également le batch cooking, c’est un moment de détente dans mon dimanche. Je regarde mes Youtoubeuses préférées en même temps et j’en profite pour tenter des plats/desserts qui demandent un peu de temps.

    En ce qui concerne l’affaire du siècle je me retrouve beaucoup dans tes mots. Je ne comprends pas pourquoi certaines personnes mettent autant d’énergie à détruire toutes les actions pleines d’optimisme des autres. Personnellement je sens vraiment un renouveau de notre génération. Le monde du travail commence à changer vers des métiers qui permettent vraiment aux gens de s’épanouir. Gens qui du coup n’ont plus besoin de la promesse capitaliste de travailler dur pour pouvoir acheter à loisir. Et qui s’initient au minimalisme, qui ont plus de ressources à mettre dans leur alimentation … Tout est lié. C’est lent certes. Ça ne concerne pas encore tout le monde certes. Mais ça montre le chemin d’un autre système.

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  • janvier 7, 2019 à 8:20
    Coralie

    J’attends avec impatience ton retour/podcast sur le livre de Pascale Weeks. Je m’intéresse beaucoup à ce concept de batch cooking parce que c’est plus ou moins ce que je fais déjà le dimanche, mais je n’ai pas osé acheter de livre étant un peu perdue devant tant d’ouvrages proposés.

    Réponse

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